Nouveautés

  • Aucune affaire criminelle n’aura fait couler autant d’encre au XXe siècle que le parricide imputé à Violette Nozière. Monstrueuse jeune fille dévoyée pour les uns, victime expiatoire d’un père incestueux pour les autres : elle a déchaîné les passions, et risqué l’échafaud.
    Guy Casadamont livre ici le dossier le plus complet et ordonné que l’on puisse souhaiter sur l’épopée Nozière. Des premiers rapports de police aux actes du procès, de la grâce présidentielle aux années de prison, de sa vie ultérieure d’épouse et de mère à sa postérité actuelle, l’ensemble des acteurs entre ici en scène.
    Le récit minutieux des événements s’appuie sur les discours policier, judiciaire, pénitentiaire, littéraire, psychiatrique et psychanalytique qui auront contribué à faire de Violette une héroïne sans pareille.
  • Un analysant apporte en séance ce très court rêve : un H, en blanc sur un panneau à fond bleu. Ces précisions ouvrent l’interprétation : H chiffre « hôpital ». Il s’agit d’une translittération car, de cette image à ce mot, il y a toute la distance d’une écriture pictographique à une écriture alphabétique. Non sans provoquer un rire amusé, le sens suit : la veille, son psychanalyste était intervenu de façon intempestive et ce H, qui renvoie, par contiguïté, à l’injonction « silence ! », vient lui signifier qu’il a à tenir sa place… et rien de plus.
    Avec sa réinscription ailleurs, l’être qui peut lire sa trace se fait « dépendant d’un Autre dont la structure ne dépend pas de lui ». Cette formule de Lacan situe la clinique analytique – une clinique de l’écrit – comme celle où se décline cette dépendance.
    Hormis Jacques Lacan, aucun psychanalyste n’a su reconnaître cette altérité littérale (non pas l’Autre de soi, mais l’Autre que soi) qui règle la vie de tout un chacun. Jean Allouch lui consacre ici même une postface inédite qui tout à la fois nuance et prolonge ce qui fut écrit en 1984. L’image y retrouve sa puissance d’image.
  • Avec « L’Instance de la lettre dans l’inconscient » (1957), Lacan relançait un concept de lettre qui, depuis Freud et L’Interprétation du rêve, passait pour central dans l’exercice et la théorie psychanalytiques. Jung lui-même, avec sa calligraphie du Livre rouge, y avait touché.
    La lettre selon Lacan a longtemps entretenu des rapports ambigus avec le signifiant. Jusqu’à Lituraterre qui, en 1971, marque un tournant important. La voici désormais bord d’un trou, puis tresse, via le nœud borroméen (1972). Elle fera enfin le tissu qui enveloppe le lieu de l’Autre déserté par l’objet dans la seconde analytique du sexe. Ce que George-Henri Melenotte appelle ici la treille de l’absence.
  • Annuelle, la revue Spy est publiée par les éditions de l’École lacanienne de psychanalyse, elle prend donc des appuis sur le frayage analytique de Jacques Lacan mais aussi sur le parcours philosophique de Michel Foucault. Spy ? Spy pour les trois premières lettres de spycanalyse, la revue mettant l’accent sur une forme de spiritualité. Cette neuvième édition ouvre sur le soulèvement au sens de Foucault. Il est le fait de « n’importe qui » s’y risque. Il prend des formes multiples spectaculaires ou discrètes. Un texte fait écho au manifeste publié dans Spy 2019 : « L’érotique sexuée « feumelle » : origyne ».
    Dans la suite d’un colloque tenu l’an dernier à Paris sur le dialogue entre Pierre Soury et Jacques Lacan, est à nouveau abordé un moment de l’énoncé énigmatique (?) d’un Lacan critique de la « sexualité » selon quoi « Il n’y a pas de rapport sexuel ».
  • Aucun autre livre à ce jour n’a tissé de liens aussi convaincants entre Lacan et Augustin autour d’une question commune : celle de l’altérité.
    Augustin n’a cessé de dénoncer, contre Pelage, une conception de la grâce qui fait la part trop belle à l’homme, et trop mince à Dieu. En explorant cette querelle oubliée, Sara Vassallo montre à quel point elle reste présente chez Lacan, qui prend appui sur Augustin pour mieux éclairer son Autre.
    Dans son combat contre les Jésuites, Pascal avait déjà repris le flambeau anti-pélagien de la grâce nécessaire (un don de Dieu) contre la grâce suffisante (obtenue par les œuvres).
    Comme Pascal avec la casuistique jésuite, Lacan pouvait lire, dans la dérive psychologisante de la psychanalyse, le même souci pélagien de composer avec l’altérité.

    Sara Vassallo enseigne la philosophie et pratique la psychanalyse à Buenos Aires. Elle a elle-même traduit et adapté son livre El deseo y la gracia. San Agustín, Lacan, Pascal. Elle a également publié en français Sartre et Lacan. Le verbe être : entre concept et fantasme, L’Harmattan (2003).

  • Le cas en psychanalyse relève du traquenard logique.
    Là où l’on pourrait croire que la séance analytique se prête à merveille au cas, elle ne cesse d’y objecter : elle invalide quiconque viendrait s’offrir comme témoin entre ses deux acteurs, et jusqu’à ce tiers que serait un but poursuivi en commun. Transfert oblige.
    Cette situation d’exception a un double mérite sur le plan épistémologique : elle éclaire les conditions d’élaboration du cas dans les autres savoirs (droit, médecine, grammaire, micro-histoire, etc.), et elle rend compte de la consistance propre à l’acte analytique.


    Guy Le Gaufey exerce la psychanalyse à Paris. Il a récemment publié aux éditions Epel L’Effet de sens. Essai de sémiotique lacanienne (2018).

  • Certains psychanalystes sont reconnus des maîtres dans leur domaine, d’autres sont des élèves. Ce lien entre eux, différent de la relation analytique, pousse déjà à lui seul la psychanalyse dans les bras de l’université. Il s’y transmet ce qui s’appelle un enseignement.
    Plusieurs manières d’enseignement peuvent d’ailleurs être distinguées. Toutefois, dans le champ freudien est rendu manifeste plus franchement qu’ailleurs un rapport maître/élève qu’on reconnaîtra sexué.
    Ainsi Jacques Lacan eut-il ce qu’il dénommait, en usant d’un possessif, « mes élèves ». Selon lui : des hérissons.
    Schopenhauer avait fait état de la difficultueuse copulation des hérissons, bientôt suivi par Freud qui, s’en allant aux États-Unis, déclara qu’il allait y rencontrer des wilds porcupines – ceux-là mêmes qu’il souhaitait rallier à sa cause.

    Cet ouvrage fait suite au livre La psychanalyse est-elle un exercice spirituel ? Réponse à Michel Foucault (Epel, 2007) du même auteur.

  • De confiture en confusion, on y revient au confinement, entendu à plusieurs voix avec ses traversées tout à la fois solitaires et collectives, par certains qui sont en position de patients comme par certains qui sont en position de soignants, dans des lieux psychiatriques et dans bien d’autres lieux.
    - Alors la page est à nous
    - Et à moi, je peux dire que la page est à moi ?
    - Heu... Pas à toi seul, mais oui, elle est à toi
    - Donc tu m'as reconnu ?
    - Bien entendu. Depuis le temps qu'on s'engu...Enfin, depuis le temps qu'on dialogue.
    - Non, tu ne m'as pas reconnu. Je suis lui. Je suis devenu lui.
    - Qui lui ?
    - Lui. Le virus, tiens !
    - Ok. Si tu le dis.
    - C'est tout ce que ça te fait ?
    - Qu'est ce que tu veux que je te dise ? Tu as le droit de contribuer aussi : ça s'appelle « Les Nouveaux Cahiers pour la folie »
    - T'es con-
    - Toujours aimable
    - T'es confit-