Nouveautés

  • En extrayant son Moïse du marbre, Michel-Ange savait-il qu’un certain Sigmund Freud allait bien plus tard danser autour ? Il s’ensuivit un article publié incognito, sans que son auteur en ait jamais donné la raison.
    Un détail intéresse tout spécialement Freud : le mouvement de la main droite de la statue, qui la sort de l’immobilité du marbre et dont la trace subsiste dans le cordon de barbe du prophète.
    Ayant élu une sculpture, Freud pouvait-il en rendre compte comme il l’avait fait pour le rêve, le symptôme, le mot d’esprit, par une interprétation d’ordre symbolique ?
    C’est bien plutôt un certain espace que découvre ici George-Henri Melenotte, où se meuvent Freud et Moïse, cet espace entre à propos duquel Lacan avait discrètement fourni de précieuses indications.
  • L’érotique ne se prête pas à être conçue de façon simplement unitaire. Plusieurs l’ont admis et, parmi eux, Platon, Lacan, Foucault, Rubin. On le vérifiera ici sur les deux premiers nommés. Quelle serait donc la raison d’une telle partition ? Sans préjuger d’autres réponses possibles, on présente ici celle que Lacan indiquait, non pas sous la forme d’un discours soutenu, mais par touches successives ici et là dispersées, après qu’a été reconnue l’inexistence du rapport sexuel. Ainsi s’éclaire la question proprement psychanalytique (quoique d’allure philosophique) : pourquoi y a-t-il de l’excitation sexuelle plutôt que rien ?
  • La psychiatrie hospitalière est chaque jour plus dépendante d’exigences qui ne relèvent pas d’elle (financières, institutionnelles, légales), accentuant ainsi les effets délétères des pouvoirs médical et administratif. Dimitri Kijek en démonte les mécanismes pour mieux y résister.
    On entrera avec lui dans le pavillon d’admission d’un grand hôtel psychiatrique, en butte à d’importantes difficultés de fonctionnement. Le récit de l’intervention qu’il y mena deux années durant remplit une fonction critique ; il met au jour les impasses de pratiques théoriques héritées de la médecine du XIXe siècle.
    L’individu psychiatrisé n’est pas partout condamné à cette folie de la norme qui tend à promouvoir une subjectivité préformatée. Il reste possible de la déjouer en mobilisant des outils psychanalytiques, antipsychiatriques et schizo-analytiques.
  • Ce quatrième numéro de la revue Spy est placé sous le signe de Nietzsche dont Michel Foucault disait la présence de plus en plus importante ; proche d’elle, l’ombre de Friedrich Hölderlin et un essai de Virginia Woolf. Le tournant foucaldien de l’analyse se confirme supplémenté d’un fragment portant sur le Foucault des Aphrodisia. « L’indispensable non-recours aux catégories psychiatriques » s’inscrit dans le champ de l’analyse comme spiritualité. La cartographie d’un mouvement de passe à L’École lacanienne de psychanalyse est dessinée, avançant la notion d’ « après-passe ». Deux témoignages sur Jacques Lacan viennent clore ce numéro.
  • Les Nouveaux Cahiers pour la folie poursuivent leur navigation avec un septième numéro : Radophonie. Dans une période où tout concourt à faire taire les voix de la folie, et jusque dans les milieux psychiatriques, ils publient des contributions de personnes impliqués dans les différents bords de la folie et, pour certaines, interpellées par leur lecture des précédents numéros.
  • Paru en 1966, Ecrits de Jacques Lacan a immédiatement connu un succès éditorial aussi inattendu que guère espéré par leur auteur. De nombreux journaux et revues en rendirent compte de façon parfois élogieuse, d'autres fois vertement critiques. Cinquante années ont passé, Lacan 66 republie aujourd'hui l'ensemble de ces critiques venues d'horizons fort divers.

    LACAN 66 RECEPTION DES ECRITS. TEXTES CHOISIS ET PRESENTES PAR DANIELLE ARNOUX, EMILIE BERREBI, MONIQUE BOUDET, JANINE GERMOND.
  • Lorsque Monsieur O. déclare sa fureur homicide au nom du djihad, il fait aussi vaciller le lieu psychiatrique, là où une attribution de folie individuelle ne se distingue plus d'un affolement du lien social. Mais qui parle alors, qui écrit, et pourquoi ? Une psychiatre mise ici sur les discontinuités de sa mémoire, entre les mots imprévisibles d'un patient et le labyrinthe du délire de sa propre mère. Hors-zone fait suite à Zone frère (Epel, 2014).
  • Comment Descartes a-t-il pu nier l’évidence de sa dette à l’égard du cogito d’Augustin, et Jacques Hadamard s’accuser, à l’inverse, de ne pas avoir découvert la relativité avant Einstein ?
    Qu’est-ce qui pouvait bien justifier Lacan, lorsqu’il osait affirmer que l’inconscient n’est pas de Freud, mais de lui...
    De même, côté art : on se demande pourquoi Borges a voulu faire de Ménard l’auteur du Quichotte ou Duchamp devenir celui d’un urinoir.
    Thierry Marchaisse prouve ici que l’on peut devenir le véritable auteur de l’idée d’un autre, et que ce paradoxe, avancé par Pascal voilà plus de trois siècles, est à la fois le verrou et la clé de la logique de la créativité.
  • « Croissez et multipliez » : qui oserait aller contre l’appel du futur et de l’Enfant qui l’incarne, tous deux vissés au cœur des arguments des politiques de tous bords ? Lee Edelman ouvre le ban en faisant du queer et du sinthomosexuel (Lacan) ceux qui entravent cette logique futuriste, et ironiquement la démontent. Lus au prisme lacanien, la vie politique américaine, Dickens (Un chant de Noël), Hitchcock (La Mort aux trousses, Les Oiseaux), Baudrillard (La Solution finale), font apparaître cette collusion Enfant-futur pour ce qu’elle est : une ligature entre la fabrique du sens et la reproduction de soi dans l’espèce, pour le plus grand bénéfice des pouvoirs en place.
  • Novembre 1900 : ce clochard qui mendie aux terrasses des cafés parisiens n’est autre que le célèbre écrivain irlandais dont les pièces rencontraient un vif succès à Londres deux ans auparavant.
    Le procès pour mœurs qui venait de conduire Oscar Wilde dans la geôle de Reading n’explique pas tout. Rodolfo Marcos-Turnbull montre à quel point Wilde ne pouvait renoncer, quel qu’en fût le prix, à sa quête amoureuse de la Beauté rencontrée en Bosie, lord Alfred Douglas.
    Au fil d’une lecture minutieuse de l’œuvre, cet ouvrage établit qu’une seule et même raison rend compte de la réussite littéraire et mondaine et de la marche forcée vers la déchéance.
  • Dans le quartier du Marais cohabitent une communauté juive, constituée au fil des guerres et des pogroms, et une communauté gay depuis l'arrivée du sida.
    Qu'est-ce qui fonde chacune d'entre elles ? Ni des modes de vie établis, ni un projet d'avenir partagé, mais la présence continuée, en creux, d'une catastrophe inaugurale.
    Relues sous cet angles, les oeuvres de Guillaume Dustan, Marcel Proust, Robert Antelme, Charlotte Delbo dessinent un concept de communauté incompatible avec le schéma familial archaïque comme avec le principe moderne du contrat : son modèle n'est autre que l'amitié du groupe, bâtie sur un désastre.
  • Le 16 mars 1955, après avoir écrit à son ami Jacques Dubourg : " Je n'ai pas la force de parachever mes tableaux ", Nicolas de Staël monte sur la terrasse de son atelier et se précipite dans le vide. Un tel agir participe-t-il lui aussi de l'inachèvement ?
    Jean-Louis Sous convoque ici le tableau Le Grand Concert, mais surtout la correspondance personnelle du peintre, moins pour interpréter un acte suicidaire que pour faire résonner ce qui a pu orchestrer sa réalisation.
  • Ils aiment les femmes puissantes, capables de les dominer en combat singulier, grâce à leurs muscles et à leur science. Une floraison de sites sur l’internet a révélé récemment l’étendue mondiale de cette philia méconnue, qui a eu le temps de générer aux États-Unis une véritable sous-culture, cela dès la Seconde Guerre mondiale. Écrit à la première personne, cet essai transgresse au moins trois tabous : il fait fi de la séparation académique entre la recherche et la vie personnelle, passe allègrement du savoir à la littérature, et se moque du caractère privé (donc prétendument apolitique) de toute préférence érotique. Mais Noël Burch ne se contente pas de revendiquer ici, avec humour, sa viragophilie, il utilise son érudition cinématographique et son intelligence des fantasmes pour élucider la nature de cette forme très particulière d’érotisme, à ne pas confondre avec le sado- masochisme.
  • Vienne, 27 avril 1910. Avant Sabina Spielrein et Lou Andreas-Salomé, Margarethe Hilferding est la première femme à entrer dans la Société exclusivement masculine qui se réunit autour de Freud. 11 janvier 1911. Devant ces Messieurs, elle donne une conférence sur l’enfant comme objet sexuel naturel de la mère, que l’on trouvera ici. « Il est très méritoire, commente Freud sur-le-champ, que la conférencière ait fait entrer dans le domaine de l’analyse psychanalytique un sujet qui, de par le conformisme que nous entretenons, a été maintenu à l’écart de notre champ d’investigation. » Et pourtant, Margarethe Hilferding n’apparaît guère dans l’histoire des débuts de la psychanalyse. Juive, première femme médecin à Vienne, elle meurt à Treblinka en 1942. Voici son portrait.
  • En faisant un pas de côté au regard de l’érotique freudienne (qu’il avait pourtant renouvelée), Jacques Lacan mit au jour un autre registre du sexuel, aussi étrange qu’inattendu : le rapport sexuel en tant qu’absent, d’où s’ensuit que le sexe est partout là où il ne devrait pas être, tandis qu’il fait défaut là où l’on pourrait l’espérer. Un sexe en creux, un trou sexué, une triple inexistence (de l’Autre, de sa jouissance, du rapport sexuel) telle est la nouveauté que Lacan aperçoit comme autant de vérités tout à la fois indomptables et traumatisantes.
    Comment ne pas s’étonner qu’à la même époque Michel Foucault tirait de sa lecture des Anciens la conclusion selon laquelle « la scène sexuelle est à un seul personnage » ?
    En prolongeant L’Amour Lacan (Epel, 2009), L’Autresexe explore les arcanes de cette trouvaille : les circonstances de sa découverte, sa patiente exploration, ses conséquences sur l’exercice de la psychanalyse.
  • Dénonciations, reprises, détournements, résurgences, connivences et ricanements... Jacques Lacan n’a cessé d’en découdre avec le catholicisme.
    Exemple : « Sachez que le sens religieux va faire un boom dont vous n’avez aucune espèce d’idée. Parce que la religion, c’est le gîte originel du sens. J’essaie d’aller là contre, pour que la psychanalyse ne soit pas une religion, comme elle y tend, irrésistiblement. »
    À le suivre de près dans ce parcours de toute une vie, Jean-Louis Sous laisse entrevoir un Lacan pas très catholique. Quoique.
  • Quels rapports la sexualité entretient-elle avec la culture ?
    Où vont les préférences culturelles des gais ?
    Best-seller dès sa parution aux États-Unis, L'Art d'être gai n'est pas un manuel de savoir-vivre, mais une exploration inédite de l'usage que font les gais de la culture hétérosexuelle dominante. On y découvre les clefs de la subjectivité gaie, les conditions et les pratiques sociales qui la fondent.
    Pourquoi cet amour pour l'opéra et les divas, les feuilletons télévisés, les mélodrames hollywoodiens ?

    Dans cet essai de politique sexuelle du style, David M. Halperin mène l'enquête sur les ressorts de l'esthétique gaie et de son humour décapant.
  • " J'aurais cette prétention : écrire ici quelque chose à propos de mon frère, car c'est déjà, si peu que ce soit, ébrécher ce discours qui réduit chaque fou à son étiquette diagnostique et qui, sans vergogne, se démultiplie frénétiquement. "
    Psychiatre, Patricia Janody est sollicitée par Hamidou et Hawa au sujet de leur frère enfermé dans la maison familiale, en Mauritanie. La sorte de journal qu'elle se met à tenir et le voyage qu'elle entreprend avec eux font entrer en résonance son expérience professionnelle et son histoire personnelle.
    S'invente ici une écriture qui mêle étroitement l'intime et la théorie, le proche et le lointain, la chronique et les notations cliniques, et qui interroge, ce faisant, le mythe de fondation de la psychiatrie.
  • La toute-puissance a mauvaise presse : on l'envisage soit comme pur mirage, soit comme dévoiement d'une surpuissance, alors qu'elle a d'abord été une façon d'affirmer une altérité irréductible.
    Théologique, elle a contribué à établir la liberté de Dieu au-delà de l'ordre dont il était le garant. Politique, elle a été au fondement de l'absolutisme royal à la française. Juridique, elle s'est immiscée dans l'état d'exception, en plein cœur des systèmes démocratiques. Dans tous les cas, elle repose sur l'existence d'une volonté tenue pour insondable, et donc : toute Autre.
    En destituant l'Autre d'une quelconque qualité subjective, Jacques Lacan a creusé l'espace d'une question inédite au regard de cette tradition : et si le monde de la toute-puissance ne recelait aucun agent ? Ne serait-ce point là le véritable athéisme ?